Site professionnel spécialisé en Diabète et Obésité

En toute fin du mois de janvier dernier, la nouvelle a fait l’effet d’une onde de choc lorsque la communauté médicale, et notamment le monde de la diabétologie, a appris la disparition brutale et choquante de notre confrère, le professeur Ronan Roussel, à la suite d’un accident. La stupéfaction a fait immédiatement place à une profonde tristesse pour tous ceux – dont nous sommes – qui ont eu la chance de le rencontrer.

 

Le professeur Ronan Roussel, 51 ans, chef du service d’endocrinologie, diabétologie et nutrition de l’hôpital Bichat-Claude-Bernard à Paris, était un médecin respecté et admiré pour ses qualités professionnelles, son sens clinique, mais aussi et surtout aimé pour son humanité, sa gentillesse, son esprit collaboratif et sa sincérité, toujours mis au service de ses patients, de tous les patients, et de ses collaborateurs, confrères et étudiants.

 

Un parcours académique de prestige

Originaire de Bretagne, où il fait ses études secondaires, il rejoint le lycée Louis le Grand à Paris pour suivre les classes préparatoires aux grandes écoles, à l’issue desquelles il intègre en 1991 l’école Polytechnique. Devenu ingénieur, il se dirige vers la biologie, et obtient son Master et DEA en biophysique à l’Université Pierre et Marie Curie en 1995.

Convaincu dès 1992 par le Pr Anne Strauss, une amie proche avec qui il entretient une relation quasi filiale, il fait ensuite le choix de s’orienter vers la médecine, tout en préparant sa thèse de doctorat en biochimie, biophysique et biologie moléculaire. Il complète en parallèle sa formation médicale à la faculté de Paris-Sud, enchaînant avec l’internat puis le clinicat en endocrinologie et diabétologie.

 

Un parcours professionnel hors du commun

Il devient rapidement chef de clinique-assistant à l’hôpital Bichat dans le service du Pr Michel Marre, et maître de conférences des Universités – Praticien hospitalier à l’université Paris-Diderot, puis professeur des universités – Praticien hospitalier et chef du service de Bichat en 2018.

En parallèle, il poursuit une brillante carrière de chercheur en dirigeant l’équipe Inserm U1138 du centre des Cordeliers à Paris, unité dédiée à la recherche sur la néphropathie diabétique.

Il résulte de ces fonctions de nombreuses publications de premier rang, d’initiation d’études cliniques pour l’évaluation de nouvelles pistes thérapeutiques et de nouveaux dispositifs médicaux. En même temps, Ronan Roussel met en place deux diplômes de formation en diabétologie pratique ouverts à tous les professionnels de santé et concrétise plusieurs projets de recherche au sein de l’équipe Inserm Immediab. Il participe également à la construction dans un esprit fédérateur de l’Institut du diabète de l’Université de Paris et de la Fédération des services de diabétologie de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris. Ses participations à de nombreux congrès nationaux et internationaux ne se comptent plus…

La liste des collaborations est longue et impressionne lorsque l’on constate ce qui a été accompli en si peu d’années. Dire qu’il était un “monstre de travail” est un euphémisme pour tous ceux qui l’ont approché !

 

Un médecin bienveillant et soucieux de ses collaborateurs

Le prestige de ce parcours académique et professionnel hors du commun ne doit pas occulter qui était vraiment Ronan Roussel : un médecin bienveillant, attentif à accompagner au mieux ses patients, engagé pour l’accès de tous aux meilleurs soins. Il était aussi soucieux de donner les moyens à ses collaborateurs d’accomplir leurs tâches dans les meilleures conditions, les mettant en avant et restant souvent discrètement en coulisses pour les soutenir.

Au-delà de la volonté d’innover et de parfaire les méthodes de soins, Ronan Roussel était particulièrement sensible à promouvoir l’engagement des patients dans leur parcours de soins, à veiller à les informer en toute transparence et à leur fournir l’éducation suffisante pour les aider à se prendre en charge.

 

Au service de la réussite et du bénéfice collectif

C’est ainsi qu’il a été amené à s’intéresser aux nouvelles technologies de l’information et dispositifs connectés appliqués à la diabétologie et la nutrition, pour développer des réseaux de communication, télésuivi et téléexpertise, innovants, en collaboration avec le Dr Louis Potier et le Pr Boris Hansel, et en associant des start-up partenaires.

Avec Iriade, depuis 5 ans, nous avons participé à ces projets et travaillé en étroite collaboration avec Ronan Roussel, lançant tour à tour les plateformes Oncovid, Cholection, PreHop, Biped, Nutri-Covid, Brioch-Diab… Sans oublier la plateforme Covidiab.fr, destinée à informer et soutenir les personnes diabétiques durant la pandémie de Covid-19 et lancée à son initiative dès mars 2020. Mise en ligne en un temps record, la plateforme a rassemblé en quelques semaines jusqu’à 15 000 patients diabétiques accompagnés à distance, proposant un formidable forum-visioconférence hebdomadaire qu’il animait en compagnie du Pr Boris Hansel, invitant médecins, chercheurs et experts à venir informer et conseiller jusqu’à 1 000 patients en direct qu’il invitait à s’exprimer et interagir. Covidiab (maintenant renommé Diab-Échange) et tous ces projets vont se poursuivre, malgré sa disparition, parce qu’il avait su mettre en place des équipes à même de se coordonner en toute autonomie.

Toute l’équipe d’Iriade se souvient de Ronan Roussel comme d’un mentor exigeant, stimulant, très sérieux, mais toujours bienveillant et généreux, soucieux d’avoir su réunir les moyens et les compétences au service de la réussite et du bénéfice collectif. Il avait fait sienne la phrase de Victor Hugo – « rien n’est solitaire, tout est solidaire ».

 

Un homme qui aimait la vie

Ronan Roussel aimait la vie et la vivre avec les autres. Il aimait par-dessus tout Hélène, sa compagne, et ses enfants, Solal, Lou-Anne et Simon. Il aimait profondément sa famille, fidèlement ses nombreux amis, anciens et nouveaux. Grand sportif, éternel pressé et parfois impatient, mais aussi bon vivant, épicurien, amateur de grands vins, cuisinier à ses heures, convive idéal, amateur d’art et notamment de photographie contemporaine, c’était une personnalité riche de multiples facettes. Il était fier de son Finistère, de ses racines, mais se plaisait aussi dans l’échange et le partage, la découverte des autres et de nouveaux univers. Ce fut un véritable privilège pour nous d’avoir pu croiser sa route.

En ce temps de deuil, nos pensées vont à Hélène, sa compagne, Solal, Lou-Anne et Simon, ses enfants, à qui nous présentons nos très sincères condoléances et souhaitons de trouver vite la force de surmonter l’absence.